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MOLCER 12- Olivier Mahéo- Cet article s’intéresse aux parcours de deux militantes communistes
africaines-américaines des années 1930 aux années 1950, Audley Moore, et Esther Cooper Jackson, afin d’éclairer le rôle qu’elles ont joué à la fois dans la lutte contre le racisme, mais aussi dans la conceptualisation de l’intersection des oppressions sociales, raciales et genrées.
Depuis plusieurs années, le concept d’intersectionnalité rencontre un large écho, qui par-delà son utilité, est aussi le signe d’une mode. S’il a été formalisé par la juriste Kimberlé Crenshaw en 1989, les réalités qu’il cherche à analyser sont anciennes et la gauche américaine les a affrontées tout au long du XXe siècle. Bien que certaines caricatures du marxisme l’aient présenté comme un « réductionnisme de classe », qui aurait systématiquement relégué à l’arrière-plan les combats féministes ou anti-racistes, le mouvement communiste aux États-Unis s’est posé dès son origine la question de la multiplicité des oppressions. Le féminisme noir, constitué comme un courant théorique autonome durant les années 1970, a hérité des réflexions des communistes africaines-américaines. Cet article propose d’éclairer le parcours de deux d’entre elles, qui se sont rapprochées de la gauche dans les années 1930, Audley Moore et Esther Cooper Jackson. En butte à différentes tentatives de relégation et d’invisibilisation au sein même de leur parti, elles sont à l’origine d’analyses originales. Après un rappel sur le Parti communiste américain (CPUSA) et sur ses positions quant à ce qui se nommait alors la question des femmes, nous revenons sur leurs parcours.
Le Parti communiste américain, pas si marginal
Le socialisme aux États-Unis a souvent été décrit sous le signe de l’échec du fait qu’il est resté une force politique marginale. L’interrogation célèbre de l’économiste Werner Sombart en 1906 « Pourquoi il n’y a pas de socialisme aux États-Unis ? » reste centrale dans les analyses de la gauche américaine – parmi les facteurs invoqués une population de petits propriétaires terriens, le phénomène de la Frontière par lequel le territoire ne cessait de s’étendre vers l’ouest et la construction d’une société démocratique qui n’a pas eu à faire table
rase d’un héritage aristocratique. Malgré tout, le Parti communiste est parvenu dans les années 1930 à construire une base militante dans la minorité noire. Mais jusqu’aux années 1990, ces développements n’ont suscité que peu d’intérêts de la part des chercheurs. Le maccarthysme a contraint la gauche marxiste au silence durant plusieurs années, mais surtout il a marginalisé son histoire. Le développement de la Nouvelle gauche à partir des années 1960 a permis un essor des recherches sur le mouvement ouvrier, mais l’accent était souvent mis sur la manière dont le stalinisme avait fait taire les voix dissidentes. De même, l’historiographie minimisait la contribution du mouvement communiste au féminisme. De ce fait, les liens qui unissent la gauche américaine, le combat contre la ségrégation raciale et le mouvement féministe ont longtemps été ignorés....
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MOLCER 12 - Juin 2026 - Revue MOLCER
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