A l’occasion du 90e anniversaire du Front populaire, et dans la continuité du dossier sur l’année 1936 paru dans le précédent numéro de MOLCER, cette nouvelle livraison de notre revue revient sur la grève générale en France en posant une question au coeur des controverses historiographiques des années 1960-1970, aujourd’hui balayée d’un revers de main par l’ensemble des historiennes et des historiens du Front populaire : la situation était-elle révolutionnaire en mai-juin 1936 ? L’article s’appuie sur les grèves dans la métallurgie pour montrer que le mouvement était porteur de potentialités révolutionnaires manifestes, mais que les directions du mouvement ouvrier – au premier chef les dirigeants du Parti communiste – ont tout fait pour le freiner et le briser, au grand soulagement de la bourgeoisie française. Toujours au sujet du Front populaire, nous publions un article qui revient sur le processus révolutionnaire qui touche l’Espagne quelques semaines plus tard. À l’été 36, alors que l’État républicain semble s’évaporer, c’est en effet un véritable soulèvement ouvrier et paysan qui répond au coup d’État militaro-fasciste. Et, non sans difficultés, c’est là aussi le Parti communiste espagnol qui, au nom du Front populaire, assure le retour à l’ordre en garantissant le droit de propriété et en désarmant les milices ouvrières, avant de liquider physiquement les dirigeants ouvriers et paysans révolutionnaires. À ce propos, nous publions une mise au point consacrée à l’abjecte campagne de réhabilitation des procès de Moscou (1936-38) – durant lesquels Staline a massacré la vieille garde du Parti bolchevik – menée depuis quelques années en France, notamment sur les réseaux sociaux. Spécialiste de la Révolution française, l’historien Yannick Bosc aborde quant à lui la « filiation » entre Babeuf et Buonarroti – dirigeants de la « Conjuration des Égaux » en 1796 – et Karl Marx, qui voyait  dans cette conjuration « la première apparition d’un parti communiste réellement agissant ». Un autre article s’intéresse à un texte « canonique » du mouvement syndical français : la Charte d’Amiens adoptée par le congrès de la CGT en 1906. Citant largement les riches discussions de ce congrès, il explique ce qui a conduit à cette particularité du mouvement syndical français : l’indépendance réciproque des partis et des syndicats. Alors que certains – partisans, avoués ou non, de l’inféodation du syndicat au parti - considèrent que ce texte est aujourd’hui « périmé », que d’autres s’en réclament en omettant parfois son contenu révolutionnaire, un retour aux débats de l’époque permet de mesurer le caractère profondément démocratique de la discussion qui a débouché sur ce texte il y a 120 ans.

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