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MOLCER 11-Emmanuel Brandely- Pourquoi le Parti communiste, principal bénéficiaire de la radicalisation des masses et grand vainqueur des élections législatives, refuse-t-il d'entrer dans le gouvernement de Front populaire ? Que nous apprend ce refus de la politique du PC en mai-juin 1936 ?
Le 8 mai 1936, quelques jours après la victoire de la coalition de Front populaire (PC - SFIC1, SFIO, Parti radical) aux élections législatives, le futur chef du gouvernement Léon Blum offre publiquement au PC d’y
participer : « la victoire ne nous paraîtrait pas complète si les communistes ne s’associaient pas à nous dans l’exercice du pouvoir conquis. La déception serait grande dans nos rangs, et sans doute hors de nos
rangs. » Les dirigeants communistes lui opposent, on le sait, une fin de non-recevoir. Cet article se propose d’analyser l’évolution de la position des communistes sur la question de la participation ministérielle à
l’époque du Front populaire, et de tenter de comprendre les véritables raisons de leur refus d’entrer au gouvernement en mai-juin 1936.
Le PC refuse-t-il par orthodoxie marxiste-léniniste ?
Quelques semaines après avoir appelé à constituer un « front populaire » en France, Maurice Thorez déclare au Présidium de l’Internationale communiste (IC) en décembre 1934 :
« Quant à la participation des communistes à un tel gouvernement [de Front populaire], peut-il y avoir à ce sujet deux opinions ? Nous répondrons tranquillement que la participation des communistes à un tel gouvernement est exclue. Notre collaboration au gouvernement est impossible dans le cadre du capitalisme. Nous ne pouvons reconnaître qu’un seul gouvernement, celui qui établira la dictature du prolétariat. […] Si vous, socialistes, accédez au pouvoir, seuls ou en collaboration avec les radicaux, nous soutiendrons les
mesures que vous adopterez pourvu qu’elles répondent aux intérêts de la classe ouvrière. Mais nous n’aurons aucune confiance a priori dans un tel gouvernement.»
L’hypothèse semble donc exclue d’emblée comme incompatible avec les principes. Il faut dire que – depuis l’entrée du socialiste Millerand dans le cabinet de Waldeck-Rousseau en 1899 – le ministérialisme n’a pas bonne presse dans une large partie du mouvement ouvrier où il est perçu comme un symptôme d’opportunisme, c’est-à-dire de dérive réformiste. Depuis l’expérience de l’Union sacrée, les socialistes
français sont d’ailleurs eux-mêmes très prudents sur la question. S’ils envisagent bien « l’exercice du pouvoir » (Blum) en système capitaliste, ils déclinent toute participation socialiste en 1924 et 1932, alors que le cartel électoral qu’ils forment avec le parti radical remporte les élections. Côté communiste, la question ne se pose tout simplement pas. Sur le plan des principes théoriques leur participation à un gouvernement de coalition avec un parti bourgeois (le Parti radical) pour gérer loyalement le système capitaliste est absolument exclue.
Adversaire acharné du ministérialisme lorsque cette question divisait l’Internationale socialiste au tournant du siècle, Lénine s’est en effet distingué en 1917 par son intransigeance – y compris vis-à-vis des dirigeants de son propre parti – contre toute forme de coalition avec les partis de la bourgeoisie « démocratique » russe. Faut-il en conclure que le refus des dirigeants du PC en 36 s’explique par leur fidélité aux principes léninistes ? En aucun cas. Car avant le refus de mai 36, le PC a en réalité très sérieusement envisagé l’entrée de ministres communistes dans un futur gouvernement de Front populaire...
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MOLCER 11 Novembre 2025 SOMMAIRE - Revue MOLCER
MOLCER 11- Sommaire Editorial par Jean-Numa Ducange DOSSIER : L'année 1936 dans le monde Mai-juin 1936 : pourquoi le Parti communiste refuse-t-il d'entrer au gouvernement de Front populaire ? ...
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